Le Mot du Président

Octobre 2015

Dans quelques semaines, vous allez procéder à l’élection d’un nouveau conseil d’administration….déjà ! penseront certains, habités par l’impression que l’élection c’était hier…et qui ne se souviennent plus qu’en 2013 n’avait lieu qu’un scrutin partiel destiné à compléter un CA diminué par des démissions successives, et que, pour respecter nos statuts, le CA doit être intégralement renouvelé fin 2015 !

1780184_1023181297696275_9141614245895173244_oEnfin, renouvelé, renouvelé… peut-être pas tant que ça ! Car la grande majorité des membres (élus ou cooptés) du CA actuel souhaitent poursuivre leur mission…

Est-ce une bonne chose ? Chacun est bien sûr libre de sa réflexion et de sa position sur ce sujet.

Mais, au fond, pourquoi les membres du CA actuel souhaitent ils solliciter vos votes ? Le motif principal en est assez simple : depuis un peu plus de 2 ans, de nouvelles actions ont été entreprises, des innovations mises en route, des projets élaborés, mais ce n’est pas en si peu de temps que ces nouveautés peuvent donner leur pleine mesure. Et chacun dans son domaine souhaite parfaire le travail et peaufiner les réalisations.

A lui seul ce motif est respectable et justifie le souhait des membres du CA de se présenter à l’élection, mais de nombreux autres éléments entrent également en ligne de compte….

En quelques années l’environnement de notre association a subi des bouleversements significatifs qui doivent remettre en cause les habitudes et routines inhérentes à une association plus que centenaire.

Au risque d’être soupçonné d’enfoncer des portes ouvertes, il me parait nécessaire à ce stade de rappeler ce que doit être la finalité d’une association comme ALP : principalement essayer de faire en sorte que la ressource piscicole soit telle qu’elle permette à chaque pêcheur amateur des prises convenables et encourageantes, assurant ainsi, et c’est notre deuxième préoccupation, la stabilité voire l’augmentation du nombre de nos adhérents. Car l’évolution est bien là : l’image longtemps véhiculée du pêcheur totalement désintéressé par ce qui se passe au bout de sa ligne, seulement attiré par la beauté du paysage, la journée au grand air, et la bouffe entre copains, est largement dépassée ! Et même ceux, de plus en plus nombreux, qui relâchent tout ou partie du poisson capturé ne reviendront au lac que si les prises sont au rendez-vous !

Que le poisson capturé soit conservé ou finalement gracié, la montée d’adrénaline lors de la touche et du combat qui s’en suit reste la motivation principale du pêcheur ! En 2015 l’adrénaline fut plutôt au rendez-vous. Les populations de féras et de truites ont procuré à leurs adeptes de bonnes et nombreuses sensations, et, peut-être dans une moindre mesure, les ombles et brochets également…..

Mais que l’on ne s’y trompe pas : la ressource piscicole est et restera tributaire de nombreux aléas, climatiques notamment, responsables des bonnes ou moins bonnes conditions de la quantité et de la qualité du frai, ainsi que du taux de survie des alevins…A cela nous ne pouvons malheureusement pas grand-chose, à part militer dans les associations environnementales susceptibles d’influer peu ou prou et à long terme sur l’évolution du climat…

Par contre, et même si par bonheur les poissons restaient au rendez-vous, condition nécessaire mais non suffisante, notre loisir court aujourd’hui d’autres risques, multiples et assez bien identifiés pour la plupart : citons sans ordre d’importance, la disparition progressive de la nourriture favorite des poissons que sont les invertébrés benthiques , qui témoigne vraisemblablement de l’accumulation de polluants dans les sédiments (HAP notamment), les atteintes aux milieux naturels (herbiers, roselières, tributaires), à l’écologie du lac, pas toujours réprimés comme ils devraient l’être, le prix de plus en plus dissuasif des boucles dans les ports, la lente érosion du bénévolat, le vieillissement de la population des pêcheurs, la politique des fédérations tendant à limiter drastiquement les alevinages, ……

Cette liste, conséquente et pourtant non exhaustive, mérite qu’on s’arrête sur quelques parades possibles qui constituent le fil conducteur de l’action que se propose de conduire notre équipe.

Tout d’abord agir sur la qualité du sédiment.

Il semble bien qu’aujourd’hui l’un des principaux problèmes provienne des résidus d’hydrocarbures entrainés directement au lac par le lessivage des routes qui en sont proches. Un inventaire précis de ces rejets est actuellement en cours à l’initiative du SILA, et une cartographie en résultera fin 2015. Restera à traiter ces rejets en commençant par les plus importants. En parallèle et à l’avenir, des dispositifs de dépollution mériteraient également d’être prévus systématiquement à l’occasion de tous nouveaux travaux d’entretien ou de renforcement du réseau routier sur le bassin versant. Des contacts pris, aussi bien avec le Conseil Général qu’avec les Maires concernés montrent une réelle volonté d’aller dans ce sens…..Soyons vigilants et continuons à insister sans relâche pour obtenir satisfaction sur ce point !

Ensuite, enrayer la poursuite de la destruction des milieux naturels existants et lutter contre les sources de pollution supplémentaires.

Tout d’abord en jouant notre rôle de « sentinelle » pour signaler aux pouvoirs publics toutes atteintes aux milieux naturels actuels (Destruction continue, malgré nos nombreuses interventions, de l’herbier de La Planche à Sevrier par exemple). Mais aussi en militant pour la réduction de la puissance des moteurs thermiques, en total décalage aujourd’hui avec la taille modeste du lac, et en favorisant la transition vers la motorisation électrique des embarcations, en cohérence avec les efforts louables présents et à venir de restauration des roselières et de réduction de la pollution par les hydrocarbures.

Au motif d’augmenter sans cesse l’offre touristique, le lac d’Annecy ne saurait être réduit à un grand terrain de jeu motorisé, sauf à tuer à moyen terme la poule aux œufs d’or ! Elle a déjà bien du plomb(et autres toxiques) dans l’aile, alors ne dépassons pas la limite du supportable ! (en espérant qu’elle ne soit pas déjà atteinte…).

Limiter les coûts de la pêche en bateau.

La récente et très forte augmentation du prix des boucles dans les ports, ainsi que celle des frais annexes (parking par exemple) risque de convaincre nombre de pêcheurs aux revenus modestes de mettre fin à leur loisir. Cela n’est pas juste ! Sans compter que la principale source de revenus d’ALP reste la pêche en bateau….De plus, dans ce contexte de pression financière de l’Etat, la tentation est forte pour les gestionnaires des ports de chercher à substituer à des emplacements de barque des hors bords plus lucratifs…. ! Alors comment inverser cette tendance ? Déjà quelques précurseurs pratiquent la multi-utilisation de barque, la même embarcation servant à deux ou trois pêcheurs avec partage des frais. D’autres mettent à l’eau à chaque sortie de pêche, ou utilisent un « float tube » facile à transporter. A nous d’encourager ces pratiques sous toutes les formes possibles….

Mais il nous appartient aussi de rappeler à qui de droit que le lac relève du domaine public et qu’il ne saurait être réservé aux plus fortunés….

Pallier au vieillissement de nos adhérents.

Sur ce point, la création de l’école de pêche est une première réponse, permettant d’initier chaque année une centaine de jeunes à notre loisir. En espérant que quelques-uns deviendront des mordus…Peut-être devons-nous aller plus loin, en créant pourquoi pas un CA jeunes qui se réuniraient de temps à autre pour évoquer leur passion, ou prévoir lors de l’AG une récompense à celui qui aurait le mieux pêché lors des stages ! Mais nous devons également puiser dans le réservoir des actifs ou jeunes retraités tentés par la pêche ; les démarches entreprises dans ce sens n’ont pas jusque-là donné de vrai résultat et nous devons persévérer dans cette direction en imaginant d’autres modes d’action.

Encourager le bénévolat.

Dans un autre ordre d’idées, toutes les associations sans exception subissent l’étiolement lent mais continu du bénévolat, élément pourtant primordial de la vie de ces associations. ALP ne fonctionne convenablement que grâce à la soixantaine de volontaires déterminés (sur plus de mille adhérents) qui œuvrent au quotidien. Nous devons probablement renforcer l’animation de ce noyau de pêcheurs méritants en imaginant d’autres méthodes de recrutement, d’intéressement et de récompense pour le travail accompli.

Asseoir la gestion sur un suivi piscicole de qualité.

Quant à la gestion piscicole, les études annuelles récemment engagées par l’INRA pour suivre sur le long terme, l’évolution des espèces de poisson présentes dans le lac et leur abondance relative, vont dans le bon sens. Comme nous le demandions avec insistance depuis plusieurs années, le suivi scientifique du lac, diligenté par le SILA et l’Etat, va désormais inclure les invertébrés du sédiment, éléments essentiels de la chaine alimentaire. Mais ces études ne sont cependant pas suffisantes pour répondre aux besoins « quotidiens » d’une bonne gestion de la pêche….

L’apaisement des relations avec les gestionnaires et les pêcheurs professionnels, pour lequel nous avons beaucoup œuvré, a permis cette année, après cinq années d’arrêt, de relancer la concertation et la participation de tous à un suivi halieutique susceptible d’éclairer la commission consultative en charge de proposer les règles de gestion au représentant de l’Etat. Une convention annuelle a été établie et concerne principalement la féra pour 2015. Cette étude, en lien avec les données recueillies sur les carnets volontaires, devrait permettre à l’avenir de détecter précocement les années d’échec de reproduction et d’adapter les prélèvements (taille de capture, quotas) à la capacité ponctuelle de production du lac…..A condition, bien sûr que cette adaptation concerne aussi bien les amateurs que les professionnels ! Nous n’en sommes pas là mais l’idée doit faire son chemin….

Nous nous félicitons de cette reprise du suivi, étant entendu que le programme doit être complété au plus vite car la féra n’est pas l’espèce de salmonidés qui nous inquiète le plus. Hors convention, nous avons pris l’initiative de marquer dès cette année tous les alevins d’omble produits à La Puya avec un colorant qui se fixe sur les os. A partir de 2018, l’examen annuel d’un échantillon de têtes d’ombles pêchés pourra ainsi déterminer l’apport de l’alevinage de manière plus fiable que par l’ablation des nageoires. Pour les ombles, les premiers éléments recueillis il y a une dizaine d’années montrent qu’il n’est sans doute pas négligeable. Ce qui suggère que le lac peut actuellement permettre la croissance d’un plus grand nombre de poissons que ceux issus de la reproduction naturelle.

Avant de revoir notre politique d’alevinage, il nous semble donc important d’essayer de déterminer les causes de la déficience de la reproduction naturelle, et d’y remédier si possible.

Les études réalisées à ce jour sur la truite lacustre et les résultats décevants de l’alevinage suggèrent à l’inverse que les principales causes de raréfaction de l’espèce interviennent probablement après la période de reproduction. Nous souhaiterions donc que le programme de suivi halieutique porte également sur le devenir des alevins de truite.

Voilà, cher ami pêcheur, résumés en quelques phrases les axes de travail et les ambitions des membres du CA qui sollicitent vos suffrages. Certes tout ne pourra pas être réalisé, les circonstances extérieures favorables ou non nous contraindrons probablement à des compromis, mais sachez que notre volonté est et restera la promotion et la défense de la pêche de loisir sur le lac d’Annecy.

Le président d’ALP
Pierre Boutillon

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